Il était dix fois dans les Baronnies...
 

(article du Dauphiné Libéré du   Décembre 1998)
 

    
Des chants méditerranéens arrosés de vins nouveaux  et des histoires fabuleuses du conteur marocain Hamed Bouzzine

 

Le succès de la dixième édition des « Contes et Rencontres » dans les 4 cantons des Baronnies illustre (s’il en était le besoin) le dynamisme d’un mode d’expression en plein essor et la vitalité d’un festival qui a désormais trouvé sa juste place dans le développement culturel de la région.

        Pendant près d’un mois, du 18 novembre au 13 décembre, les Baronnies ont bruit de milles histoires. Des histoires d’ici et des histoires d’ailleurs, des contes provençaux et des légendes bretonnes, des récits du désert saharien et des paroles de chez nous bien contemporaines. Des chants méditerranéens arrosés de vins nouveaux qui retentirent sous les voûtes de la cave coopérative de Nyons et le « canto sempre » d’André Chiron accompagnant les petits plats de l’Auberge du Moulin à Villeperdrix. Des histoires fabuleuses, émouvantes ou joyeuses qui s’entendirent de loin, jusque dans la salle municipale d’Eygalayes, à la bibliothèque du Buis ou à l’école de St Auban. Et l’on put même danser à la place de la Libération de Nyons sur d’étranges rythmes Hip Hop ou bien encore marcher sur les pentes du plateau St Laurent, en route avec des moutons, à écouter la parole des bergers. Au total 50 manifestations (dont 25 gratuites) ont été présentées dans 19 communes des 4 cantons du pays de Nyons et des Baronnies, attirant quelques 3300 spectateurs en cette dixième édition du festival « contes et Rencontres » coordonné par l’Université Populaire de Nyons. (1)

        « Ce festival s’inscrit dans le développement d’un champ artistique en plein essor : celui du conte», rappelle Gilles Sert, le directeur artistique du festival. « Voilà 20 ans, l'oral était perçu avec une certaine condescendance et n'intéressait personne. La situation s’est aujourd’hui complètement inversé. En France seulement, on compte plus de 70 événements autour du conte et les échanges internationaux se multiplient ». Ce qui est certain c’est qu’après dix ans, « les Contes et Rencontres des Baronnies » ont bien trouvé leur place, se situant désormais dans les toutes premières manifestations françaises de ce type aussi bien en termes de longévité, de programmation ou de fréquentation.

        François Flouret, animateur de la commission culturel à l’Université Populaire parle pour sa part de l’enracinement du festival qui s’est renforcé un peu plus encore cette année. « Nous avons enregistré une demande plus importante de la part des écoles avec un nombre de spectacles scolaires qui est passé de 11 à 16. L'organisation du festival a également joué un rôle fédérateur dans la région de Rémuzat, Sahune, Montréal les Sources et St May où, à l’occasion des différentes manifestations de la fin du festival, une véritable synergie s’est manifestée entre les différents partenaires qui parlent maintenant de faire à nouveau des choses ensembles dans le domaine culturel. On assiste d’ailleurs au même phénomène à l’autre bout des Baronnies entre Eygalayes, Lachau et Vers sur Méouge. »

        Le trésorier de L’Université Populaire, Rolland Olivier quant à lui, ne cache pas sa satisfaction devant l’étendue du partenariat que la manifestation suscite. Pas moins de 67 partenaires auront participé en 98 à l’organisation et à la production du festival (même si financièrement le budget continue à être marqué par la fragilité, cette année encore…).

        Mais c’est à coup sûr le souci des « Contes et rencontres » d’offrir des spectacles à toute une population sans exception qui fait définitivement l’originalité de ce festival. Avec la programmation en alternance de spectacles « tout public », « jeune public » et « scolaire » qui permet ainsi de toucher des adultes, des jeunes et des enfants. Avec la multiplication des événements disséminés sur tout le territoire : Les conteurs sont des modestes. Peu importe le nombre de spectateurs, ils se produisent aussi bien devant 30 spectateurs dans la salle des fêtes d’un village de 120 habitants en se disant que c’est le quart de la population qui est là et que si c’était à Paris cela ferait un million de personnes… Avec enfin le choix de la saison automnale qui permet de toucher les gens quand ils sont disponibles, au plus près de chez eux. « Nous ne nous adressons pas à des gens qui ont l’habitude d’aller au théâtre en ville. Nous voulons raconter les histoires là où vivent les gens. Des histoires qui appartiennent à l'histoire du monde et dont l'oralité même décuple la puissance d'évocation. »

        En ce sens le festival hivernal des Baronnies s’inscrit parfaitement dans les objectifs de développement culturel d’un territoire. La réflexion qui sera menée au printemps 99 entre l’Université Populaire et ses partenaires aura pour but de préserver ces acquits, de tenter de les renforcer tout en préparant les « contes et rencontres » vers un nouveau souffle. Celui de la seconde décade du festival et en même temps celui du nouveau millénaire qui nous attend, au tournant, à la fin de l’année prochaine…

        Alain BOSMANS

(1) Malgré l’annulation pour raisons de santé des représentations du conteur armoricain Patrick Ewen le 20 novembre à Buis et le 21 novembre aux Pilles qui sont respectivement reportées au 26 et 27 mars 99.