Un "Intervalle" pour ces enfants de Rimbaud et de Mac-Do

(article du Dauphiné Libéré du 18 avril 1999)

    
Un local où se retrouver "en famille" autour d'un café. Ils s'affichent avec panache dans des vètements, des coiffures et des musiques qui leur ressemblent...

Créée voilà 5 ans pour venir en aide aux travailleurs saisonniers de la région, une association tend la main à une population grandissante de jeunes en quête de modes de vie alternatifs.

        Ils sont à la recherche d’un « El Dorado » pour pouvoir vivre « différemment » et ils ont choisi Buis les Baronnies et ses environs comme étape sur le chemin de leurs quête. Jeunes travailleurs saisonniers, « Néo-ruraux » précaires et sans revenus, Rmistes en chômage de longue durée, SDF et autres marginaux, ils sont une vingtaine l’hiver, et plus du double dés que le printemps revient, à pousser la porte de l’association « Intervalle » place Jean Jaures derrière l’église du Buis.

        « Vas donc voir là-bas ! On y trouve de quoi prendre un café, une douche, s'y faire envoyer son courrier, laver son linge, des conseils, des amis, des adresses pour un boulot, et toujours un sourire… » Parmi les démunis, l’information ne connaît pas d’autres circuits que le bouche-à-oreille, mais la rumeur se répand comme une traînée d’espoir. Il y a ceux qui sont là depuis déjà longtemps : Deux, trois ans, voire plus… Certains sont intégrés ou en voie de l’être. D’autres ne sont que de passage, comme les oiseaux migrateurs, ne s’arrêtant ici que pour la saison estivale, pour cueillir des fruits : tilleul, cerises, abricots, raisins, olives, avant de repartir pour d’autres « voyages »... Ceux là enverront d’Italie, d’Espagne, du Canada ou des « z'indes » une carte postale que l’on affichera sur le panneau de la salle où l’on se retrouve « en famille » autour d’un café, quatre fois par semaine.

        Depuis le 1er juillet 1998 les permanences ont été doublées, elles sont désormais assurées par 3 employées à temps partiel : Brigitte Mertz, Yvonne Allard et Marie Lise Gauthier. L’association Intervalle (1) a été créée en 1994 sur l’initiative d’un groupe de Buxois qui se sont regroupés autour de l’actuelle présidente, Geneviève Chomel. L’objectif était d’accueillir les travailleurs saisonniers et de venir en aide aux populations en situation de précarité : jeunes « marginaux », personne en difficulté sans domicile fixe, familles envoyées par les services sociaux. Composée d’une cinquantaine d’adhérents bénévoles, l’association « Intervalle » est financée par (et travaille en étroit partenariat avec) la D.D.A.S.S. et la D.R.A.S.S. de la Drôme, la Commission Locale d’Insertion de Nyons, la Mission locale ainsi que la municipalité de Buis et de quelques communes environnantes.

        Pendant les permanences « Intervalle » offre un ensemble de services : Des douches, machines à laver le linge (moyennant une modeste participation), un téléphone pour faciliter les rapprochements familiaux et sociaux, une boite postale et une domiciliation administrative, des aides alimentaires, des vêtements de dépannage, un hébergement d’urgence, une assistance administrative pour faciliter les démarches et recherches d’emplois, enfin des permanences hebdomadaires de médecins et du planning familial. Au cours des 195 permanences assurées l’année dernière, 2578 passages ont été enregistrés tandis que 208 personnes différentes ont bénéficiés des services de l’association.

        Pour l’avenir, « Intervalle » souhaite poursuivre son action en améliorant les conditions d’accueil des utilisateurs de passage ainsi qu’en encourageant les conditions d’intégration des sédentaires. L’acquisition récente d’un matériel informatique et de communication va dans ce sens. Il permettra en effet, non seulement de faciliter les démarches administratives de l’association et des utilisateurs, mais également d’être à l’appui d’un projet d’atelier d’écriture et de rédaction d’un journal. Cinq volontaires le composent déjà et l’on parle de la sortie, dés le mois de juin, du premier numéro du journal « Intervalle ».

        Car voilà bien une aspiration profonde de ces jeunes qui se rencontrent régulièrement ici : Etre reconnus, expliquer leur démarche, leur différence, être admis et accepté des habitants de la région qui manifestent parfois de l’incompréhension vis à vis d’une population « hors normes ». Pour être précaire, leur mode de vie n’en mérite pas moins d’être mieux connu, mieux toléré : Une vie communautaire de fait, laissant une large place à la solidarité, développant des systèmes d’entraide avec les voisins, adoptant de nouvelles manières de consommer, trouvant des solutions de troc et de récupération. Loin des dogmatismes sectaires qui ont trop souvent marqué l’image de leurs aînés, les jeunes qui se retrouvent aujourd’hui à « Intervalle » revendiquent une exigence de simplicité et d’authenticité dans leurs rapports avec la nature et les autres. Alimentation saine et biologique, habitat rustique en harmonie avec les éléments et l’environnement, marginalité par rapport à la société de consommation, ils s'affichent avec panache dans des vètements, des coiffures et des musiques... qui leur ressemblent.

               Enfants de Rimbaud et de Mac-Do, ils sont à la recherche d’une vie simple, persuadés « que le confort moderne et ses gaspillages ne vaut pas le coût », une vie sans « cet argent qui fausse les relations avec les autres », une vie de liberté « dans la sincérité des rapports humains solidaires ». Un vaste programme ? Une ambitieuse utopie ? De vaines chimères ? Peut-être, sans doute, bien sûr ! Mais peu importe. Ici, on est persuadé que « La vrai vie est ailleurs », qu’il n’y a pas de milieu sans marges et qu’il est important d’aider par « Intervalle » ceux qui ont choisi de vivre nos alternatives.

         Alain BOSMANS

(1) Association « Intervalle », 7 place Jean Jaures, Buis les Baronnies – tel 04 75 28 16 64 – permanences les lundi et vendredi de 15h à 17h, le mardi de 17h à 19h et le mercredi de 10h à 12h.