Sur les traces d'HANNIBAL

(Article du Dauphiné Libéré du avril 2004)


La passion de l'histoire, de la géographie et de la randonnée, conduit Raymond Rozet, jeune retraité devenu drômois d'adoption, à consacrer une formidable thèse à l'épopée d'Hannibal.
http://www.epopeedhannibal.com

Est-ce du fait de sa formation en expertise comptable ou bien plutôt de sa longue expérience professionnelle à la direction financière en région parisienne d'un important groupe industriel suisse…??? Toujours est-il que, lorsqu'en 1997 il s'installe à Buis les Baronnies pour y prendre sa retraite, Raymond Rozet possède indiscutablement un esprit à la fois curieux et méthodique. Passionné d'histoire et de géographie ancienne, randonneur invétéré et photographe amateur de talent, il profite de sa retraite pour parcourir en tous sens la nouvelle région qu'il vient d'adopter et effectue plusieurs voyages dans différents pays du pourtour méditerranéen.


Raymond Rozet

Ce qui le passionne c'est l'étude des grandes civilisations antérieures à la période gallo-romaine et plus particulièrement la géographie antique des faits historiques relatifs aux Phéniciens, Macédoniens, Etrusques et Carthaginois. Préparant soigneusement ses voyages et ses randonnées, Raymond Rozet se prend de passion pour l'épopée d'Hannibal et, constatant que, de l'Espagne à l'Italie en passant par le sud de la France, tout le monde cherche à faire passer le glorieux chef carthaginois et ses éléphants par chez lui, il se lance dans l'étude minutieuse de son parcours prenant comme guides les deux seuls auteurs de cette époque dignes de foi, les grecs Polybe et Strabon.


Le passage d'Hannibal dans la plaine du Roussillon

Depuis cinq ans, Raymond Rozet est sur les traces d'un jeune général carthaginois de 26 ans qui, à la fin du second siècle avant J.C., aura fait trembler Rome, conquis toute l'Espagne, avant d'aller porter la guerre en Italie à la tête d'une troupe de 50 000 fantassins, 9 000 cavaliers et 37 éléphants… Effectuant de nombreux déplacements, se rendant sur place à pied, en voiture ou en VTT, visitant musées, bibliothèques et archives tout au long du trajet qui part de Carthagène en Espagne jusqu'aux Plaines du Pô en Italie, reconstituant le contexte géographique et historique d'alors d'après les écrits d'anciens historiens ou d'auteurs plus récents, vérifiant ses découvertes auprès d'organismes locaux, d'associations patrimoniales ou de chercheurs bénévoles, Raymond Rozet accumulera en cinq ans une somme considérable de documents et d'information, pour la plupart méconnus, sur la voie d'Hannibal.


"L'épopée d'Hannibal" est un ouvrage de quatre volumes et quelques 1600 pages qui se lit comme un roman policier.

Le résultat est aujourd'hui compilé dans un ouvrage en quatre volumes et quelques 1600 pages, "L'épopée d'Hannibal" qui se lit comme un roman policier. Illustré de nombreux dessins, reproductions, photos, cartes anciennes, "L'épopée d'Hannibal" redécouvre tout au long de ce parcours long de 1666 kilomètres, les voies primitives avant les voies romaines. Un remarquable ouvrage qui permet de comprendre comment cette formidable Armada a pu ainsi franchir les Pyrénées, le Rhône et les Alpes en utilisant les vallées des voies fluviales de l'époque, s'arrêtant chaque jour obligatoirement prés des bourgs antiques capable de fournir nourriture et subsistance à une telle armée. Le premier volume se rapporte à l'Ibérie, le second va des Pyrénées jusqu'aux Alpes, le troisième presque terminé concerne le franchissement des Alpes jusqu'aux Plaines du Pô et le quatrième en cours de réalisation et dont la finition est prévue fin 2005 concernera la conquête de l'Italie.


La traversée du Rhône par les éléphants d'Hannibal

L'ensemble constitue probablement le travail le plus complet et le plus rigoureux jamais réalisé sur ce sujet. Raymond Rozet est, à notre connaissance, le seul à avoir minutieusement vérifié ainsi la totalité du parcours d'Hannibal, tronçon par tronçon, en le comparant rigoureusement aux descriptions des textes de Polybe pour en certifier l'exactitude.


Buis les Baronnies, carrefour antique des Voies Voconces à l'abri du St Julien et du Mont Ventoux

Les habitants du pays Voconce et des Baronnies seront particulièrement intéressés à lire ce qui concerne la traversée de leur région par l'armée d'Hannibal. Notamment le franchissement du Rhône à la hauteur de Beaucaire, le cheminement à travers les terres Voconces en remontant l'Ouvèze par Orange, Vaison, Mollans, le Buis, le passage près des gorges du Toulourenc et d'Ubrieu pour rejoindre Mévouillon par l'ancien "Chemin des Ligures" qui passe derrière le château de La Roche avant de redescendre sur La Rochette du Buis et se poursuit jusqu'à Tallard par Laragne.


la Voie d'Hannibal passe par le "Chemin des Ligures" entre Buis et Mévouillon.

Entamé voila cinq ans dans le dilettantisme, le formidable travail de recherche de Raymond Rozet débouche aujourd'hui sur une véritable thèse de géographie historique reconnue par tous les professionnels, historiens et universitaires auxquels il a confié le manuscrit. Une édition du second et troisième volume est d'ailleurs prévue avant la fin de l'année.
Contact : Raymond Rozet: 06 75 29 85 84 - http://www.epopeedhannibal.com

HANNIBAL personnage mythique de l'antiquité

Hannibal naquit à Carthage en 246 avant J.-C., dans une puissante famille carthaginoise. Son père, Amilcar Barca, se couvrit de gloire en Sicile pendant la première guerre Punique puis, de retour à Carthage, fut le "sauveur" de la ville lors de la révolte des Mercenaires. Dès 237, il partit pour l'Espagne avec son fils Hannibal âgé de 9 ans qui reçut une éducation grecque dont il n'aurait pu bénéficier à Carthage puisqu'une loi y interdisait l'enseignement du grec. Son épopée militaire commença en 218, quand devenu général en chef, Il entreprit la grande marche qui le mena des Pyrénées en Italie à travers les Alpes.


Hannibal a traversé le Rhône à Beaucaire

Il multiplia durant la seconde guerre Punique les succès militaires et resta en Italie jusqu'en 203. Rappelé en Afrique, il du affronter l'armée romaine commandée par Scipion et fut battu en 201 à Zama. Cette défaite marqua la fin de la deuxième guerre Punique. Elu suffète à Carthage cette même année, il entama des réformes qui suscitèrent nombre d'adversaires prêts à le livrer aux Romains. S'exilant pour mieux combattre ses ennemis, il entama alors une longue errance qui le mena d'Afrique jusqu'en Bithynie où pour échapper aux Romains, il préféra se donner la mort en 183. Il fut enterré, selon la tradition, au bord de la mer de Marmara. On peut voir aujourd'hui, à Izmit, en Turquie, son tombeau symboliquement représenté par un rocher sur lequel est gravé sa tête.

HANNIBAL est bien passé par les Baronnies

Un dessin d'art pariétal gaulois représentant un éléphant sur les parois d'une grotte dans les gorges du Toulourenc témoigne indiscutablement du passage de l'armée carthaginoise dans les Baronnies en 218 avant notre ère.


Le dessin de l'éléphant sur la paroi de la grotte du Toulourenc

La grotte s'ouvre dans les gorges du Toulourenc au niveau du lit de la rivière sur la rive droite entre la Peyrière et le Clos des Veaux sur le territoire de la commune de Mollans sur Ouvèze. A 19 m de l'entrée apparaît un premier couple homme-animal. Quelques mètres plus loin un éléphant se dessine nettement, à 1,30m du sol, peint en noir sur les parois de la grotte oblitéré par des coulées de calcite. Représenté en contour sobre, l'éléphant est tournée vers l'entrée, l'oreille figurée est celle d'un éléphant d'Afrique. L'œil est dessiné par un angle dont l'ouverture est dirigée vers le bas. L'extrémité de la trompe est enroulée et les défenses ne sont pas représentées.


la grotte de l'éléphant des gorges du Toulourenc lors de sa découverte en 1977

Découvert en 1977 par les membres du Groupe Spéléologiques de Saint-Benoit-en-Diois, la grotte n'est accessible qu'en été, l'eau de la rivière y pénètre et recouvre les peintures en hiver. Paul Bellin, archéologue et principal du collège de Buis les Baronnies en 1977, confirmait en ces termes l'authenticité de la découverte: "Un éléphant ? N'est-ce point un mammouth ? Les artistes de la préhistoire qui peignaient des mammouths sur les parois des cavernes ne stylisaient pas comme ici leurs sujets. D'autre part l'éléphant du Toulourenc est vraiment antique comme l'atteste l'oblitération du dessin par des coulées de calcite. Cette concrétion est ancienne car la paroi stalagmitique qui porte le trait est depuis longtemps fossile et lors des crues c'est justement la pellicule de calcite qui protège le trait noir… Exclu d'une lointaine préhistoire, cependant tracé sur une paroi de caverne où il apparaît d'une antiquité certaine, l'éléphant peint du Toulourenc ne peut-être qu'un éléphant d'Hannibal. Il est le seul de son espèce ainsi figuré en France, le seul éléphant peint dans une grotte contre de nombreux mammouths dont dix millénaires le séparent…"


L'Ouvèze à la sortie des gorges d'Ubrieu a vu passé l'armée d'Hannibal voila 23 siècles...

Raymond Rozet de son coté rapporte également la découverte, en 1985 dans un abri sous roche du massif des Eyguiers, entre Mollans et Pierrelongue, d'une vingtaine de pièces en argent datant du 3ème siècle avant J.C. (collection privée). Cette découverte confirme la réalité à cet endroit d'une importante voie de passage du Rhône à la Durance à l'époque pré-romaine.


L'abri sous roche du massif des Eyguiers ou les pièces d'argent de l'époque préromaine furent trouvées voila une vingtaine d'années.

Texte et Photos d' Alain Bosmans à partir des information et de l'iconographie fournis par Raymond Rozet - Le TAM-TAM DES BARONNIES - www.tamtamdesbaronnies.com

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